Pétanque insoumise : retour sur notre action aux Épinettes

Organiser une Pétanque Insoumise dans le quartier cosmopolite des Épinettes semblait, à bien des égards, beaucoup plus simple que de tracter dans les autres quartiers d’Issy les Moulineaux. Ces derniers étant plus « ancrés à droite », ne pas y fédérer à 100% n’est pas vraiment déconcertant. On s’y attend, on s’y prépare.

Alors, lorsqu’il a été question d’organiser une action dans le quartier plus populaire des Épinettes, nous avons, sans le vouloir, fondé dans cette action de grands espoirs, de ceux qui surgissent lorsque l’on sait que l’on va être reconnus, entendus, compris. Pour une fois peut-être, serions-nous majoritairement entourés de gens « de gauche ».

Pourtant, il ne nous aura fallu que quelques minutes sur place pour comprendre qu’une partie des jeunes avec qui nous étions en train de parler avaient d’ores et déjà décidé de ne tout simplement pas aller voter.

Face à ce constat, nous nous sommes lancés à corps perdu dans le contradictoire, espérant prouver par A + B qu’il était de l’intérêt commun d’aller voter pour le programme que nous défendions.

Il y a une posture très « politique » à essayer de convaincre, or, une partie des jeunes présents ce soir-là n’y croyaient tout simplement plus/pas. Car chez ces derniers comme chez beaucoup de gens, la politique EST le problème, et on peut facilement entendre que personne n’a envie de voir LE problème débarquer en bas de son immeuble pour prêcher sa messe, et ce, de quelque parti que ce soit…

Nous ne voulons pas jouer aux « politiciens », car nous ne le sommes pas. Nous ne voulons pas « forcer » l’adhésion à nos idées car personne, au fond, n’aime être contraint, et nous autres insoumis le savons mieux que quiconque.

Ce n’est pas mon amour de la politique qui m’a conduite à l’insoumission. C’est même précisément l’inverse ! Et nous sommes nombreux dans ce cas. C’est notre dégoût des politiques en place qui nous a conduit à nous unir, à lutter, à nous révolter ensemble pour que nos vies cessent d’être volées. Alors oui, aujourd’hui nous votons, mais nous pouvons aussi dire à celles et ceux qui ne le font pas que nous les comprenons, parce que ce qui les dégoûte nous dégoûte aussi. Que de ce rejet est né le sens de ce que l’on fait. Que c’est pourquoi nous avons choisi d’être des citoyens insoumis.

Être insoumis, c’est avoir compris que ceux qui nous dirigent ne représentent pas forcément le parti de la raison. Que les lunettes qu’ils portent sur le monde sont uniquement braquées sur la quête de leurs propres intérêts. Que pour dominer tous les moyens sont bons, et, en particulier, celui de faire douter le peuple de sa propre légitimité à penser.

Être insoumis, c’est s’émanciper du jugement de ceux qui cherchent à nous intimider. C’est reprendre le contrôle de sa citoyenneté, de son avenir, de la valeur qu’on accorde à sa vie et à celle d’autrui.

Être insoumis, c’est embrasser les causes de celles et ceux qui subissent le plus fortement les oppressions, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs. C’est combattre, avec acharnement, ceux qui ne pleurent la mort que des personnes dont ils estiment la vie et qui laissent crever les autres sans sourciller.

Être insoumis, c’est avoir compris que le chemin que l’on nous force à emprunter n’est pas le seul possible mais qu’il en existe bel et bien des milliers, et qu’il est en notre pouvoir de choisir celui que nous trouvons le plus juste d’emprunter.

Nous ne sommes pas des politiciens, nous sommes des citoyens insoumis, et nous sommes des milliers à ne plus jamais vouloir plier. À l’image de ces lycéens qui refusent les conditions misérables qui leur sont imposées. Qu’on dépossède d’une partie de leur avenir en même temps que de leur droit à étudier dans la dignité.

 Après tout, à ceux à qui l’on fait comprendre que leur sort importe peu, l’on finit par faire croire que leurs vies valent peu. Et c’est bien ça le but recherché. Insérer, dès le plus jeune âge, un sentiment d’illégitimité à exister afin de tuer dans l’œuf toute velléité de résistance, d’insoumission.

Les lycéens aujourd’hui ne sont pas tous politisés, mais oui, ils sont tous, à leur manière, des insoumis. Car, être insoumis, c’est avoir compris que pour perdurer, le système doit nous exploiter et parvenir à légitimer cette exploitation. Être insoumis, c’est surtout avoir compris que notre seule réponse est de lutter ensemble jusqu’à obtenir la fin de ce système inégalitaire et profondément injuste.

Alors, je repense aux jeunes gens des Épinettes qui ne comptaient pas voter et je me dis que, la prochaine fois, nous leur parlerons simplement de ce que nous sommes : des femmes et des hommes qui ont choisi l’insoumission. De la force/organisation/institution qui est en train de nous violenter et qui nous a poussés à nous mettre en mouvement.

La prochaine fois, peut-être que certains des jeunes avec qui nous parlerons verront qu’il existe des gens qui mènent le même combat qu’eux, avec eux, pour eux. Parce que leur vie compte, parce que nos vies comptent.

La prochaine fois peut-être, certains de ces jeunes verront alors qu’être insoumis, ils le sont d’ores et déjà ! Et que de là à se mettre en mouvement… il n’y a qu’un pas.

Crédits photo : NoName_13, Pixabay

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