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SMIC : Rira bien qui rira le dernier

Il y a des rires qui en disent plus long que bien des discours.

Le 27 août dernier, lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France (La REF) organisée par le Medef, Jean-Luc Mélenchon est interrogé sur les salaires.

Sa réponse commence simplement : « Il faut les augmenter. Il faut augmenter le SMIC. »

Et une partie importante de la salle se met à rire.

Ces images m’ont profondément mis mal à l’aise.

Pas parce qu’il serait interdit d’être en désaccord avec Jean-Luc Mélenchon. Parce que la proposition était simplement : augmenter les salaires.

Personne n’avait encore évoqué les aides aux entreprises, les exonérations de cotisations, les carnets de commandes, les marges, les secteurs en difficulté ou les différences considérables entre une multinationale et une petite entreprise.

Et le premier réflexe d’une grande partie de cette assemblée de chefs d’entreprise a été de rire.

Les patrons, tous les mêmes ?

Il faut ici éviter une facilité. Parler « des patrons » comme s’il s’agissait d’un groupe homogène n’aurait aucun sens.

Le travailleur indépendant qui tente de vivre de son activité, la restauratrice avec quatre salariés, la dirigeante d’une PME industrielle de cinquante personnes et le PDG d’un groupe du CAC 40 n’ont ni les mêmes revenus, ni les mêmes contraintes, ni nécessairement les mêmes intérêts. L’immense majorité des entreprises françaises sont des micro-entreprises ou des PME.

Ce qui m’intéresse ici, c’est l’hilarité d’une partie du patronat organisé, rassemblée à l’invitation du Medef, face à la simple idée d’augmenter les rémunérations.

Après les rires, les constats

À ceux qui rient, Jean-Luc Mélenchon répond qu’ils ne rigoleront « pas longtemps » si les salaires n’augmentent pas, parce que le pays risque la récession.

La formule pouvait sembler théâtrale. Le calendrier, lui, est assez ironique.

Le lendemain même, le 28 août, l’Insee publie ses chiffres : après un recul de 0,2 % au premier trimestre, l’économie française a stagné au deuxième. Dans le même temps, le pouvoir d’achat par unité de consommation a baissé de 0,6 %.

Pas de récession, donc. Mais une économie qui ne progresse plus et un pouvoir d’achat qui recule. Difficile de considérer que la capacité des ménages à consommer serait un sujet complètement fantaisiste.

Et puis, ce 15 septembre, un autre chiffre tombe.

Au deuxième trimestre 2026, les principales entreprises cotées françaises ont distribué environ 61 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires. Le montant le plus élevé d’Europe sur la période.

Je ne prétends pas qu’un euro de dividende pourrait être mécaniquement transformé demain matin en un euro de salaire.

Ces 61 milliards disent tout de même quelque chose de la richesse disponible dans les plus grandes entreprises françaises, et surtout de la manière dont nous choisissons de la répartir.

Car lorsqu’il est question des salaires, nous devenons d’une prudence extraordinaire.

Attention aux marges. Attention à la compétitivité. Attention à l’inflation. Attention au coût du travail. Attention à ne pas fragiliser les entreprises.

Et lorsque des dizaines de milliards d’euros sont distribués aux détenteurs du capital, nous entendons beaucoup moins souvent demander si l’économie française « peut se le permettre ».

La rémunération du travail est constamment sommée de se justifier. La rémunération du capital, beaucoup moins.

Cependant le travail est indispensable à la production des biens, des services et, finalement, de la richesse de l’entreprise.

C’est peut-être ce qui rend le rire du Medef si révélateur. Avant même de discuter du montant d’une hausse des salaires ou des moyens de l’accompagner, l’idée elle-même semble provoquer l’hilarité.

Comme si mieux rémunérer le travail était d’abord un problème.

Et si nous essayions simplement de mieux payer le travail ?

Je n’ai pas de recette magique pour relancer l’économie française. J’essaye de lire les chiffres du mieux que je peux.

Je vois un PIB qui stagne, je vois le pouvoir d’achat diminuer. Je vois des entreprises qui cherchent des commandes.

Alors, peut-être que donner davantage à celles et ceux qui vivent de leur travail n’est pas une idée aussi ridicule qu’elle semblait l’être dans les tribunes de Roland-Garros.

Un salaire supplémentaire, c’est aussi un repas au restaurant, des travaux que l’on repoussait depuis deux ans, un livre acheté à la librairie du quartier, des vacances, un meuble.

Bien sûr, tout cet argent ne se transformera pas directement en consommation. Une partie sera épargnée, une autre financera des produits importés.

C’est précisément pour cela qu’une politique salariale doit aller de pair avec une politique industrielle.

Mieux rémunérer le travail pour soutenir la demande.

Relancer des filières de production en France pour qu’une part plus importante de cette demande profite à notre économie, et permettre à davantage de personnes de choisir des produits fabriqués ici.

Et redonner ainsi des clients aux commerces, aux artisans et aux PME plutôt que de leur promettre, encore et toujours, de réduire le « coût » de leurs salariés.

Et nous ne proposons pas de laisser les petites entreprises se débrouiller seules face à cette hausse.

La France insoumise défend l’indexation des salaires sur l’inflation et prévoit un fonds de péréquation pour accompagner les TPE et PME dans la hausse du SMIC, financé par le redéploiement d’une partie des aides aujourd’hui versées aux grandes entreprises. 

Elle propose également de limiter la part des bénéfices distribuée en dividendes en fonction de celle qui revient aux salariés.

Augmenter les salaires, donc. Et organiser concrètement les conditions pour que cette augmentation profite aux salariés sans abandonner les petites entreprises.

La question n’est donc peut-être pas seulement :

combien coûte un travailleur à une entreprise ?

Elle pourrait aussi être :

combien rapporte à toute l’économie un travailleur qui peut vivre correctement de son salaire ?

Ce rire du 27 août aura peut-être eu une vertu.

Pendant quelques secondes, plus besoin de grands discours sur le « partage de la valeur ». Simplement la proposition d’augmenter les salaires. 

Et il y a eu un rire.

Parce qu’au fond, les intérêts ne sont pas les mêmes.

Pour une salariée ou un salarié, le salaire est ce qui permet de vivre de son travail. Pour l’entreprise, ce même salaire est une dépense. Et pour celles et ceux qui détiennent son capital, la part de richesse qui revient au travail est aussi une part qui ne viendra pas rémunérer ce capital.

Ce conflit d’intérêts n’a rien de nouveau. Mais ce jour-là, il n’était même plus dissimulé, il s’entendait dans les rires.

Merci pour ce petit moment de franchise.

(Illustration issue du débat La REF 2026 – organisé par LCI – Le 27 août 2026 – Lien vers la rediffusion : https://www.youtube.com/watch?v=rpURHoN54bQ)

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